Rapport-bilan synthétique d'activités
Résumé exécutif
Créée le 12 septembre 2018 à l'initiative de jeunes du village de Ndouloumadji Dembé (commune de Nabadji Civol, région de Matam), l'OCB NdouloumVert s'est donné pour mission de lutter contre la désertification et de créer des emplois verts durables pour les jeunes et les femmes de la moyenne vallée du fleuve Sénégal. En huit années d'activité continue, l'organisation a planté plus de 8 000 arbres, mis en place une pépinière communautaire fonctionnelle dès 2020, innové avec des pratiques sociales d'enracinement des plantations (« un bébé, un arbre », « un mariage, un arbre »), mobilisé des financements nationaux et internationaux — dont 9 millions de FCFA du Legal Empowerment Fund en 2025 — et construit un réseau de partenaires techniques et financiers diversifiés.
1. Méthodologie de mise en œuvre
Les activités sont planifiées annuellement selon le calendrier cultural (hivernage, saison sèche) et font l'objet de bilans participatifs semestriels. L'organisation s'appuie sur des outils de suivi simples : fiches de plantation par secteur, registre des naissances et mariages pour les arbres rituels. Depuis 2021, chaque plant est géolocalisé via la plateforme ODK (Open Data Kit), avec ses métadonnées (espèce, date, propriétaire, état de santé). Cinq agents verts bénévoles assurent un suivi quotidien, renforcés depuis 2021 par des agents verts rémunérés via l'ASERGMV.
2. Reboisement et production de plants
Entre 2018 et mai 2026, NdouloumVert a planté plus de 8 000 arbres sur le territoire du village et ses abords. Les essences retenues — fruitiers (citronniers, manguiers) et arbres d'ombrage — sont adaptées aux conditions arides. Grâce au suivi sectoriel, à l'implication des familles et aux clôtures individuelles, le taux de survie atteint environ 75 %, là où les projets classiques de la région dépassent rarement 40 %.
La pépinière communautaire, installée en 2020 sur une parcelle clôturée et équipée d'un puits à pompe (mise à disposition par M. Oumar Mounirou Dème), vise une production annuelle de 20 000 plants avec l'appui de l'ASERGMV (semences, gaines, matériel).
3. Innovations sociales d'ancrage
Deux mécanismes originaux relient le reboisement aux cycles de vie de la communauté :
- « Un bébé, un arbre » : à chaque naissance, la famille reçoit un arbre du même âge que l'enfant, qui en devient le gardien à l'âge adulte.
- « Un mariage, un arbre » : lors de chaque union, les jeunes mariés plantent un arbre symbolique, généralement fruitier, entretenu par les deux familles.
Le programme « maison verte » récompense chaque année la concession la plus verdoyante. L'initiative « Ndunndu Pulaar » a permis de planter des arbres au site historique de la Maison Culturelle Mamadou Bolo Dème, en hommage aux grandes figures du Fouta.
4. Formation et renforcement des capacités
- Atelier sur les techniques de greffe (décembre 2020) : deux jours animés par un technicien de l'ASERGMV, réunissant 28 participants de quatre villages autour du greffage d'agrumes et de l'aménagement de pépinières.
- Formation continue des agents verts (2021-2025) : gestion de pépinière, entretien des arbres des artères publiques, sensibilisation et organisation des campagnes, en partenariat avec l'ASERGMV et le LEF.
- Climate School (2023-2025) : participation de jeunes membres aux éditions nationales de l'École du Climat (Louga, Ziguinchor, Matam), avec le soutien de la fondation Rosa Luxemburg.
5. Plaidoyer et justice climatique
Depuis 2022, NdouloumVert porte aussi la revendication de justice climatique : membre fondateur du Réseau Sénégalais des Acteurs du Climat (RESAC) et membre actif de la Plateforme Nationale des Acteurs pour la Justice Climatique (PNAJC). En avril 2025, l'organisation a signé une convention de subvention de 9 000 000 FCFA (≈ 15 000 USD) sur deux ans avec le Legal Empowerment Fund, pour l'autonomisation juridique des communautés face au changement climatique. Un forum communautaire (≈ 60 participants) en a défini les priorités : formation juridique aux droits environnementaux, veillées culturelles de sensibilisation et plaidoyer pour la reconnaissance des droits fonciers.
6. Partenariats et mobilisation des ressources
| Partenaire | Contribution | Période |
|---|---|---|
| ASERGMV | Formation, appui technique, agents verts | 2019 – en cours |
| Kuljuru Keso (Pays-Bas) | Financement de démarrage | 2018 – 2020 |
| Legal Empowerment Fund | Subvention 9 M FCFA (justice climatique) | 2025 – 2027 |
| Corps de la Paix (USA) | Co-animation, sensibilisation, pépinière | 2023 – en cours |
| Communauté de parrains & diaspora | Mobilisation de ressources, dons | 2020 – en cours |
| Mairie de Nabadji Civol | Portage institutionnel | 2020 – en cours |
| ASUFOR | Accès à l'eau, ancrage agricole | 2021 – en cours |
| PIA (Peuples d'ici et d'Ailleurs, France) | Solidarité internationale, appui logistique | 2024 – en cours |
Des appuis ponctuels ont également été apportés par la DEEC de Matam, l'Inspection Régionale des Eaux et Forêts et le GGGI.
7. Santé, assainissement et éducation environnementale
Dès 2019, des opérations de « pitte pitte » (nettoyage participatif) ont été menées dans plusieurs quartiers, avec la sécurisation de plusieurs hectares pour des sites de dépôt et l'expérimentation d'éco-bancs fabriqués à partir de déchets plastiques. La randonnée pédestre de la veille de la Tabaski (29 mai 2026) a réuni une centaine de participants et rendu hommage à feu Dieynaba Kane, matrone ayant œuvré trente ans pour la santé maternelle.
« Nous sommes dans une période de très forte chaleur. La seule solution reste le reboisement : avec NdouloumVert, nous avons fait en sorte qu'il y ait un arbre dans chaque maison. » — M. Abou Anne, membre de l'organisation
NdouloumVert anime par ailleurs des clubs climat dans les foyers scolaires (reboisement, greffage, gestion des déchets, géolocalisation), un panel WhatsApp de plus de 250 membres, et plus d'une centaine d'émissions radiophoniques sur RTS Matam et Radio Télé Fulbe.
8. Gouvernance et reconnaissance institutionnelle
La gouvernance repose sur un comité de pilotage de 11 membres représentant les 11 secteurs et une assemblée communautaire élargie. L'organisation a été reconnue par les autorités (invitation du gouverneur de Matam à la Journée mondiale de l'environnement 2021) et a contribué à la plateforme multi-acteurs nationale « PLANÈTE », avec la Fondation Friedrich Ebert et le CNTS.
9. Enseignements
- La décentralisation par secteurs est un facteur clé de succès du suivi des plantations à faible coût.
- L'innovation sociale (« un bébé, un arbre », « maison verte »…) crée une forte appropriation et des taux de survie rares dans la zone.
- La diversification des financements (diaspora, fonds internationaux, dons en ligne) assure la continuité des activités.
- L'intégration du plaidoyer juridique depuis 2025 ouvre un nouveau champ, aligné sur les ODD 13 et 16.
- La mobilisation des jeunes scolarisés via les clubs climat garantit la pérennité de l'action.
- Des défis persistent : divagation du bétail, qualité des grillages, cherté des matériaux, stress hydrique — d'où la demande de mini-forage solaire et de grillage renforcé.
10. Perspectives 2026-2028
Le projet « Ferme Pépinière NdouloumVert », en soumission au concours FREEJ du PRDC-VFS, constitue l'étape suivante. Il vise à porter la capacité de production de 5 000 à 25 000 plants/an (filières oignon, tomate, piment), à réaliser un mini-forage avec irrigation solaire goutte-à-goutte, à aménager un champ-école pour 30 jeunes (≥ 60 % de femmes) et à créer 30 emplois verts (10 permanents, 20 saisonniers), avec un fonds de roulement par la vente de plants.
Conclusion
Entre 2018 et 2026, NdouloumVert a démontré qu'une organisation communautaire de base, même sans moyens initiaux importants, peut générer une dynamique durable de reverdissement et d'emploi vert. Son approche — production technique, innovation sociale, formation des jeunes, plaidoyer juridique et diversification des partenariats — en fait un modèle pour la moyenne vallée du fleuve Sénégal.